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HUMANITE, INHUMANITE

Publié le par Francoise, dite Zawiya

Le plateau de Djanet est traversé par les immigrants du Nigéria qui tentent vainement de rejoindre l'Europe ou d'autres pays plus cléments que le leur. Bon nombre d'entre eux ne finissent pas le voyage ou bien restent à Tamanrasset dans l'espoir de trouver l'argent pour continuer le "voyage".  J'ai déjà rencontré deux groupes au tassili. Au détour d'un rocher, ils étaient là, la peur dans les yeux. Je ne les crains pas, je sais quelle misère les pousse ainsi. Il m'est arrivé de leur donner l'eau et la nourriture que j'avais sur moi. Cette entrée en matière pour vous rapporter l'histoire que m'a racontée un imourhar de Djanet, il accompagnait un groupe de touristes français sur le tassili.

 
"Un homme français, ancien militaire, avait fait son armée à Djanet au temps de l'occupation du sahara. De nombreuses années plus tard il a constitué un groupe d'amis pour leur faire découvrir ce qu'il avait vécu. Ils sont montés au tassili avec un guide, un cuisinier, un ânier et ses ânes. Cet endroit est classé patrimoine de l'UNESCO et parc national. Sa végétation est fragile et ses cyprès d'une essence millénaire. L'art rupestre y est abondant. De nombreux scientifiques et autres sont venus étudier les peintures dont beaucoup ont été détériorées par les méthodes utilisées pour les relever ou les photographier. A cela on peut ajouter les nombreux flashs qui ont aussi contribué à les appauvrir en couleurs. Ceci pour dire que ce genre de circuit est mené par le guide uniquement, certaines peintures ne sont pas accessibles, pour les protéger. Pour en revenir à notre homme, à l'époque de son incorporation, les français étaient les maîtres et libres de tous déplacements, il avait donc eu accès  à bons nombres de ces sites. Une fois sur place il avait donc décidé de faire lui-même l'itinéraire au grand dam du guide, et même de faire quelques excursions de nuit, ce qui est fort dangereux. L'équipe locale a voulu s'y opposer, en réponse les hommes ont été traités d'esclaves, de sous-hommes et autres. Lors d'une virée de nuit, les imourhar restés au campement ont recueilli un de ces immigrants qui était affamé et perdu, de plus la nuit était très froide. Ils l'ont nourri, réchauffé, réconforté et gardé auprès d'eux et du feu, bien au chaud dans leurs couvertures. Lorsque l'équipée folle de touristes est revenue, ils ont été priés de chasser ce pauvre homme : il mettait les nantis en danger, avait entamé leurs réserves de nourriture et d'eau, n'était lui aussi qu'un être méprisable. Les imourhar ont été insultés de nouveau mais n'ont pas voulu chasser l'intrus, ils ne comprenaient pas pourquoi un tel comportement, cet homme était en danger et avait besoin d'aide. Le lendemain matin "le voyageur" était remis sur pieds et est parti comme il était venu, continuant sa route vers l'enfer, il savait que le monde était fait d'HUMANITE et d'INHUMANITE, cette nuit passée lui a fait vivre les deux opposés"
 
Au retour du tassili, le guide est allé dénoncer le groupe pour ses frasques, auprès des autorités du parc. Les pellicules photos ont été détruites et interdiction de remettre les pieds en Algérie.
Cet homme se croyait encore le maître du monde.

 

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Marthe 29/10/2014 15:37

Merci Zawiya pour ce témoignage.Marthe de Djelfa

Michel ROBERT 22/05/2008 23:15

La connerie n'a pas de frontières et surtout quand un militaire est en "grande vadrouille" avec la nostalgie de la domination . C'est bien connu bête et méchant font bon ménage.Michel